La série avait imaginé le Commlock. Cinquante ans plus tard, le Commlock imagine la suite !
001 INTRODUCTION
COMMLOCK ALPHA
Diffusée pour la première fois en France le 13 décembre 1975, Cosmos 1999 percute de plein fouet un paysage télévisuel encore timide envers la science-fiction. Certes, quelques séries comme Au-delà du réel, Le Sixième Sens, Chapeau melon et bottes de cuir ou Les Envahisseurs avaient déjà été diffusées, mais aucune n’avait fait de l’espace et de ses dangers un thème central. Peu de temps après seront programmées deux autres séries : La Planète des singes et Au cœur du temps.
Portée par une musique symphonique, la première saison s’impose comme une œuvre atypique où la narration supplante l’action et où la technologie flirte constamment avec le transcendant. Sa force visuelle tient à la sobriété des décors, à l’aspect utilitaire des Eagle et des Commlocks, ainsi qu’à l’organisation de la base, inspirée des travaux de la NASA. Rien n’y paraît superflu : tout semble avoir été conçu par des ingénieurs pour remplir une fonction. C’est ce qui rend l’existence de cette base crédible et tangible. À l’inverse, il ne faut pas chercher la vraisemblance dans les scénarios : ils sont faits pour donner du rêve, non pour être inattaquables.
C’est d’ailleurs le marché que la série passe avec nous. Parce qu’on croit à l’objet, on accepte le voyage. Un couloir gris et un vaisseau qui ressemble à un outil suffisent à acheter le droit d’aller n’importe où. C’est là le miracle de Cosmos 1999 : un mélange improbable de hard science-fiction et de fantastique mystique, dont la singularité et la fraîcheur ne se retrouvent nulle part ailleurs.
Quant à la saison 2, je n’aurai pas l’hypocrisie du vocabulaire : c’est un gâchis de pellicule et une incompréhension totale de l’univers bâti par la saison 1. Pour répondre aux exigences d’ITC et séduire les diffuseurs américains, Fred Freiberger a dévoyé cet univers jusqu’au pathétique. La série disposait de décors sublimes, d’une musique iconique, d’un concept unique, d’un public déjà conquis et d’acteurs attachants. Il a systématiquement ruiné tous ces atouts. De la musique aux décors, en passant par les scénarios et les mouvements de caméra, tout est au rabais, criard et de mauvais goût.
Cette seconde saison a sacrifié la contemplation de l’espace, l’émotion de la découverte et l’angoisse de l’inconnu sur l’autel des monstres en carton-pâte et des histoires à dormir debout. Sans discours, Fred Freiberger a largement mérité son surnom de « The Show Killer ».
002 HISTOIRE
LE COMMLOCK, UN SMARTPHONE IMAGINÉ EN 1975
Élément emblématique de la série, le Commlock est né d'une vision audacieuse. Un écran de télévision portable
capable de parler en vidéo aux autres membres de la base, de piloter un
ordinateur ou de servir de télécommande. On est aux frontières de ce qui
était imaginable en 1975 où nombre de foyers venaient juste d'acquérir leur premier téléviseur.
Il
est admirable de remarquer qu'au lieu
de se contenter d'un simple trucage, l'équipe des effets spéciaux a
réalisé un
prop fonctionnel autour du plus petit tube cathodique disponible à cette
époque, celui qui équipait la microtélévision Panasonic
TR-001 de 1971. C'est ce genre de prouesses qui ont contribué à faire
de Cosmos 1999 une série mythique, lui donnant une aura de crédibilité technique.
Un clin d'œil à la date de la série, c'est en effet en 1999, que le Kyocera VisualPhone VP-210 deviendra le premier mobile capable de transmettre de la vidéo en
direct et ce à la cadence folle de 2 images par seconde. Il faudra toutefois patienter jusqu'en 2010 pour que la généralisation de la 4G démocratise cette prouesse.
Autant dire que Cosmos 1999 avait plus qu'une longueur d'avance.

03 LE PROJET
COMMLOCK ALPHA LA GENÈSE
J'avais douze ans quand j'ai découvert Cosmos 1999. J'étais déjà fasciné par l'électronique, l'astronomie et le peu de science-fiction auquel j'avais accès. Chaque épisode déployait devant moi des tubes de transport magnétiques, des centrales nucléaires, des smartphones avant l'heure, ainsi que de fantastiques vaisseaux spatiaux. L'ordinateur parlait...
On me sortait de la préhistoire pour me jeter dans le futur. J'attendais chaque épisode avec une impatience qu'il est difficile d'imaginer. Dans cet esprit, posséder un Commlock était un rêve inaccessible, celui d'être un membre de la base Alpha et de participer à leurs incroyables aventures.
Comment résister au désir d'assouvir ce rêve d'enfant ? De part sa nature le Commlock représente un défi fabuleux. Seulement, je ne voulais pas me contenter d'un simple lecteur vidéo ou d'un talkie-walkie recarrossé. L'idée qui prenait forme, c'était de pouvoir parler à mes héros d'enfance, de participer à la vie de la base lunaire.
A priori, c'est une idée complètement démente, mais grâce à mes derniers travaux utilisant des IA, j'ai aperçu un monde où ce rêve était possible. Un monde persistant où, pourquoi pas, les personnages pourraient évoluer en temps réel, travailler, dormir, jouer. Un monde où des scénarios générés dans l'instant me plongeraient dans des aventures, des épisodes jamais tournés.
Cet instant fut un tournant, le moment où tout commence.

04 LE PROJET
LE DÉBUT D'UN PROJET DÉLIRANT
Au début, l'idée était simple, disposer d'un boîtier permettant de communiquer avec les autres membres de la base. Je parle de bavarder de vive voix avec John, Victor ou Helena, de lancer des épisodes ou des actions iconiques de la série.
Pour cela, il me fallait créer des avatars de ces acteurs. Créer des personas adossés à une base de connaissances commune et régis par un profil psychologique complet. Vu les performances du système Gemini au niveau conversationnel, cela promettait des discussions et des rebondissements passionnants. Quand je parle du système Gemini, je parle de Gemini Native Audio de Google, un modèle IA performant capable d'échanger en langage naturel.
À ce stade, les étapes semblent claires. Trouver un boîtier pour le Commlock. Choisir une plateforme sur laquelle développer le projet. Sélectionner les technologies à utiliser et réunir les éléments graphiques et sonores nécessaires.
Je résume ce qu'était le projet à ce stade: une réplique fonctionnelle du Commlock de Cosmos 1999 : un boîtier autonome avec écran, micro et haut-parleur, qui met son porteur en communication avec la Base Lunaire Alpha. On appuie sur une touche, on parle, et un officier de la base répond — chacun avec son visage, sa voix, son caractère et son domaine de compétence.
Je croyais avoir mis la barre très haut. Je n'étais pas prêt pour la suite.
05 ÉTUDE
LE BOÎTIER
Pour le boîtier, j'avais le choix entre le réaliser à la main, l'imprimer en 3D ou utiliser une maquette existante. J'ai été au plus simple, me procurer le kit MPC, un modèle répandu et massivement adopté par les modélistes et les makers. Pour la petite histoire, il était en rupture de stock mondiale. J'ai fini par l'obtenir, mais à un prix totalement indécent.
Je passe sur la curieuse émotion qui m'a traversé quand j'ai ouvert la boîte et tenu en main les éléments du kit. Comme une sorte de fenêtre qui s'entrouvre sur une enfance depuis longtemps disparue.
J'ai été agréablement surpris par l'espace disponible à l'intérieur du boîtier. Toutefois, les pièces vont nécessiter de multiples étapes de préparation. Il va falloir découper les touches et les limer, poncer les surfaces de plastique et les peindre, trouver des pièces de remplacement à certains éléments comme la grille située à côté de l'écran, par exemple, qui est un simple bout de plastique chromé. Le reste, cabochons et boutons, sera naturellement remplacé par des composants fonctionnels.
Je vais revenir un instant sur ce problème de grille. Il résume assez bien les problèmes inattendus auxquels on doit faire face dans ce type de réalisation. A priori on ne voit pas le problème. On croit naïvement qu'il n'y aura pas de difficulté à trouver une grille de remplacement. On commence par regarder dans son environnement immédiat, grille de rasoir, filtres divers, mesh métallique, ustensile de cuisine. On fait le tour des boîtiers et des gadgets qu'on a à la maison. Mais rien ne correspond. Pourtant ça semble simple: une plaque de métal quelconque, avec des rangées de petits trous alignés.
Puis vient l'illumination, comment ont-ils fait à l'époque? Logiquement, ils ont dû utiliser ce qu'ils avaient sous la main, donc quelque chose de courant dans les années 70. C'est là où, sur un site de petites annonces, je remarque une vieille radio Sony dont la grille HP est très similaire.
Chaque détail amène son petit défi. Par exemple, la sérigraphie des
touches du pavé numérique. Le kit est fourni avec des transferts à
l'eau. N'étant pas fan du procédé, j'ai décidé d'utiliser des transferts
type Letraset. Le problème, c'est la qualité du plastique des touches.
Il s'avère trop souple pour faire un transfert propre. J'ai donc utilisé
les décalcomanies fournies. Sur l'instant le résultat était
satisfaisant, mais au bout de quelques jours les lettres ont commencé à
se fragmenter malgré le vernis posé.
Finalement, j'ai décidé
d'imprimer les touches sur du papier vinyle autocollant, support que
j'ai recouvert d'un film de protection mat. Depuis la surface des
touches n'a pas bougé et je pourrai les changer à volonté. En vérité, on perd beaucoup de temps avec ce
genre de détails.
06 ÉTUDE
HARDWARE_&_SOFTWARE
Le choix de la plateforme a été très simple. Aux échecs on parlerait de coup forcé. En effet ne se présentent que trois possibilités, le mini-PC, une plateforme Android ou une carte Raspberry Pi.
On écartera immédiatement le mini-PC qui est dispendieux, trop gros et dont la consommation nécessiterait une batterie externe. Les solutions basées sur Android ne sont pas plus utilisables. Bien que dotées d'une grande puissance de calcul et d'une quantité de mémoire intéressante, elles souffrent du même défaut que le mini-PC, une consommation et un encombrement rédhibitoires.
Ne reste donc en lice que la famille des Raspberry Pi. Compte tenu de l’encombrement des cartes, le choix se limite au Raspberry Pi Zero 2 W. Son principal défaut est la quantité ridicule de mémoire embarquée. Il faudra faire avec. Pour le stockage, je choisis une carte SD de 64 Go et côté alimentation, une batterie LiPo de 4000 mAh. Il reste bien sûr de nombreux éléments que je ne vais pas lister ici comme des bistables, des amplis, un PowerBoost, un micro, un HP et toute la connectique associée.
Côté software, la question du langage de programmation ne se pose pas. Quand on parle de Raspberry Pi et d'intelligence artificielle, le Python s'impose de lui-même. Bénéficiant de nombreuses bibliothèques
dédiées au Pi, ce langage sert d’interface à des outils IA puissants
comme PyTorch, TensorFlow ou OpenCV. Côté PC, je vais l'utiliser pour créer de petits utilitaires. Comme me l'a appris
l'expérience, développer un utilitaire adapté à
la tâche à accomplir, c'est souvent gagner du temps par rapport au paramétrage
d'une usine à gaz spécialisée.
07 ÉTUDE
LES ASSETS
Au niveau des images et du son, j'ai largement puisé dans les épisodes de la saison 1 ainsi que quelques séquences fan art. J'ai ainsi pris des échantillons de musique pour l'ambiance et isolé les sons informatiques qui accompagnent les actions du Commlock. Pour les avatars, j'ai sélectionné les photos des personnages, réglé leur regard et leurs attitudes, corrigé les détails et nettoyé l'ensemble.
Grâce à l'IA, j'ai transformé ces photos en vidéos. Une pour l'apparition d'un personnage à l'écran, une autre pour les périodes d'attente et la dernière où il parle et bouge les lèvres. Cette dernière n'est jouée que lorsque Gemini parle. Le seul problème de cette technique est que le mouvement des lèvres n'est pas réellement synchronisé avec le son. L'idéal serait de faire une synchronisation labiale. Mais le procédé est trop lourd en temps de calcul. On est à des années-lumière des possibilités d'un Raspberry Pi ou même d'un PC puissant. Vu la très petite taille de l'écran d'un Commlock, la vidéo fait illusion. Au final ce n'est pas plus gênant que de regarder un film mal synchronisé. C'est un compromis acceptable. Depuis j'ai limité le problème en introduisant une fonction qui gèle l'image lorsque la voix fait des pauses.
08 RÉALISATION
PEINTURE & MESURES
Il est temps de se mettre au travail. J'aurais pu commencer par l'électronique et le code, mais j'étais trop impatient de voir à quoi allait ressembler ce Commlock. Je suis donc passé directement à la préparation des pièces: ponçage, application des sous-couches et peinture des éléments principaux.
J'ai constaté sur Internet que le choix des couleurs alimentait de nombreuses discussions. Après avoir analysé les nuances de tous les Commlocks visibles dans la saison 1, j'ai opté pour un RAL 7044 satiné pour le corps de l'unité et un RAL 7024 mat pour le cadre de l’écran. Dans la série, les couleurs varient d'un épisode à l'autre ; il n'y a pas de règle absolue, ce sont des accessoires de cinéma et cela laisse une vraie liberté d'interprétation.
Pour information, la peinture (de chez BSP Peinture) et les vernis ont été appliqués à la bombe, à l'exception des lignes de séparation du boîtier, réalisées au stylo Posca noir. J'ai ensuite mesuré l'espace disponible pour l'écran ainsi que l'écartement des touches du clavier. Pas de problème pour l'écran, qui sera un LCD de 1,6 pouce. En revanche, il s'avère qu'aucun clavier du commerce ne peut s'adapter aux dimensions du boîtier, je vais devoir le fabriquer de toutes pièces. De même, impossible de dénicher des voyants aux bonnes dimensions. J'ai donc utilisé ceux fournis dans le kit: après les avoir matifiés, je les ai comblés de résine UV colorée pour obtenir le rendu souhaité.
09 RÉALISATION
PHOTOSHOP & DECO
Le Commlock comporte un certain nombre d'éléments purement décoratifs. C'est l'élément rectangulaire situé en bas de la face avant qui pose question. Il n'est jamais utilisé dans la série et son utilité est tout sauf claire. Selon les sources il est désigné comme Computer input/display screen, Magnetic computer ID panel, power Cell ou même radio. Les photos d'époque ne sont pas claires. Du coup, on trouve un grand nombre de représentations différentes.
Étudions les différentes hypothèses. En premier, l'interface computer. Pour moi elle ne tient pas. Le Commlock dispose déjà d'un écran et d'un clavier, une deuxième interface ferait doublon.
L'hypothèse d'un PowerCell est beaucoup plus logique. Le cercle situé à sa droite pourrait être le bouton éject. Ce système permettrait de changer de batterie sans avoir à passer par une phase de recharge. C'est bien vu, par contre aucune source, à ma connaissance, n'étaye cette théorie.
Reste l'hypothèse de la radio. Sans discours, la décoration d'origine est calquée sur les sélecteurs de stations des radios de cette époque. Maintenant, j'ai du mal à imaginer qu'il y ait plusieurs stations émettrices sur la Lune. S'il y avait un canal de divertissement de la base (comme l'Alpha Channel de mon Commlock), il passerait par le circuit habituel de communication. En résumé, aucune hypothèse n'est réellement satisfaisante et, à mon sens, ce n'est qu'une déco qui n'a besoin d'aucune explication.
Pour ma part, j'ai choisi de faire une plaque signalétique. Elle indique que l'appareil appartient à la C.S.I. (commission spatiale internationale). Au-dessus du code-barres, j'ai placé un logo Adobe stock. Il représente les lettres AI (intelligence artificielle) tout en évoquant le A de la base alpha. Je précise que cette version du code-barres n'est pas anachronique, elle existait en 1975.
Reste ensuite la plaque latérale, celle avec la photo. Je l'ai imprimée sur une feuille métallisée autocollante. Je l'ai ensuite recouverte avec une vitre de protection
iPhone coupée à la bonne dimension. C'était la bonne idée. Une fois
assemblée, la plaque présente un rendu industriel du meilleur aspect. Je la
trouve vraiment magnifique, son éclat métallique variant en fonction de
l'incidence de la lumière.
10 RÉALISATION
PREMIERS TESTS
Au commencement, l'établi est presque vide. Il n'y a qu'un Raspberry Pi, une carte SD, un écran ainsi qu'une poignée de fils et de contacts. Devant le PC je prépare les fonctions de base qui vont me permettre de tester le matériel.
Pour commencer, je lance la lecture d'une vidéo MP4. Ce premier test s'avère être une véritable catastrophe. Les images se succèdent à l'écran avec une lenteur exaspérante. J’ai l’impression de regarder un vieux diaporama. Après investigations, il s'avère que ce n'est pas le matériel qui est en cause, ni le code, mais le protocole de l'écran qui ne bénéficie pas des fonctions accélératrices de la carte. Ces dernières, sur lesquelles je comptais, ne sont disponibles qu'en HDMI, or mon écran est en SPI.
J'avoue que je n'avais pas vu le coup venir. La situation est grave, il ne suffira pas de recâbler ou de changer d'écran, il n'en existe aucun qui puisse s'installer dans le boîtier d'un Commlock.
Mais hors de question de s'arrêter à la première contrariété. Après quelques recherches, je trouve une technique de contournement qui consiste à préparer les séquences pour éviter au Raspberry de les décoder. Dans ce contexte la piste son doit être gérée séparément. Après mise en place et tests, la vidéo devient enfin fluide. Toutefois l'opération prend beaucoup de place en mémoire, rajoute des étapes intermédiaires et complexifie le code. Mais passons, ce n'est que la première des surprises qui m'attend.
Puis vient le moment que j'attendais: celui de déployer les API Gemini. Après quelques essais l'émotion est au rendez-vous. Le visage d'Helena Russell s'affiche sur l'écran dans un halo bleuté. C'est une grande satisfaction. À partir de là, je suis en mesure de rajouter tous les avatars que j'avais préparés en amont.
L'étape suivante est de leur parler. C'est donc le moment de connecter tout ce qui a trait au son, micro, ampli et haut-parleur. Il faut également que je leur concocte des prompts personnalisés. Pour l'instant, ils ne savent pas qui ils sont, et n'ont aucun contexte. Même leurs voix restent encore à définir. Ils ne sont pas encore des Alphans.
11 RÉALISATION
LE CLAVIER
Passons maintenant à la réalisation du clavier dont la place se situe au
fond du boîtier. Malheureusement, ce dernier ne comporte aucun renforcement permettant de le fixer. Je pense alors à coller deux bandes d'époxy qui serviront de support. Le clavier
se posera dessus et sera maintenu à l'aide de quatre vis, il sera donc
démontable. Avec ce système, la plaque se retrouve surélevée, ce qui permet le débattement des touches.
Pour
le clavier à proprement parler, une simple plaque pré-percée peut convenir.
Il suffit de disposer les microcontacts aux bons endroits et de les
câbler par l'arrière. Pour maintenir les cabochons, j'intercale des
bandes de mousse
entre les contacts et je comble de plastique le vide
existant derrière les touches.
J'avais appréhendé cette étape qui,
je l'avoue, s'est avérée beaucoup plus simple que prévu.
12 RÉALISATION
L'ÉCRAN
L'écran a été l'une des grandes réussites de ce Commlock. Je vais passer sur les changements de taille d'écran et les différents tests que j'ai faits pour en arriver directement à la question du rendu. J'en parle plus bas, mais il y a la possibilité d'afficher en couleur ou en noir et blanc ce qui donne des ambiances complètement différentes. Si on joue en noir et blanc, l'intérêt est d'avoir l'aspect bleuté cathodique de la série. L'image ne doit pas être parfaite. C'est pourquoi avant même de passer par les filtres numériques, les images et les séquences vidéo ont été encodées avec des effets de déformation pour simuler l'affichage d'un écran bombé. J'avoue être très content du résultat.
Toutefois, l'œil ne se laisse pas aussi facilement berner. On affiche sur un écran plat et fatalement cela se voit. J’ai pensé à utiliser une lentille de Fresnel pour obtenir une véritable déformation optique mais cette solution s'est avérée décevante.
En cherchant, j'ai fini par trouver la perle rare, la lentille d'une ancienne lunette
grossissante. Fabriquée en plastique, elle présente l'avantage de
pouvoir être facilement redécoupée.
Après avoir joué une heure avec
une Dremel et des limes, j'ai posé l'optique au-dessus de l'écran. Le
résultat a dépassé toutes mes espérances, on a vraiment l'impression
d'être devant un vieil écran cathodique. J'ai hâte de voir le tout en action.
13 RÉALISATION
HISTOIRE DE SECTEURS, DE TUBES ET DE SECTIONS
Le projet suit son cours. Les prompts sont en place ainsi que les
principaux fichiers de configuration. Le plus gros travail a été le Lore* d'Alpha contenant la description de la base, l'organisation des
sections, les résumés des épisodes, la psychologie et l'identité des
personnages. On y trouve également le descriptif des outils, armes et
éléments techniques d'Alpha. Pour faire court, c'est la Bible,
l'organisation du monde dans lequel vivent les personas.
Pour faire ce Lore, il était nécessaire de connaître l'organisation interne de la base Alpha. Malheureusement, ce plan n'a jamais
été vraiment établi. Pire encore, les repères et noms utilisés dans la saison 2
ont
brouillé la donne.
Pour reconstituer l’organisation, j’ai
croisé plusieurs sources : les décors et indications visibles dans les
épisodes (saison 1 uniquement), les dialogues mentionnant certains
secteurs, ainsi que les plans publiés dans le Moonbase Alpha Technical Notebook de 1977. Le manuel plus récent édité par Anderson
Entertainment a également servi de référence, avec prudence, car il
rassemble des informations issues des deux saisons et y ajoute des
éléments destinés à combler les lacunes.
Les
documents historiques font apparaître quatre niveaux principaux : G, H,
I et J. Le niveau G constitue la partie habitable supérieure, tandis
que le niveau H repose directement sur la surface lunaire et accueille
notamment le réseau principal des tubes de transport. Les niveaux I et J
s’étendent sous la surface et regroupent les installations techniques,
les hangars et les infrastructures les plus protégées. La tour centrale
possède sa propre organisation verticale et abrite Main Mission,
véritable cœur opérationnel d’Alpha. À
partir du plan général, les bâtiments ont ensuite été regroupés selon
leur fonction dominante : commandement, secteur médical, recherche
scientifique, services techniques, énergie et survie, habitation,
loisirs et hydroponie, sécurité et défense, plateformes et opérations
aériennes.
Le résultat final n’est pas un plan de
production retrouvé intact. C’est une reconstitution raisonnée : elle
respecte autant que possible ce qui apparaît dans la première saison,
s’appuie sur les documents techniques historiques et signale
implicitement les zones où une interprétation était nécessaire. Cette
organisation permet d’obtenir une représentation simple et cohérente de
la base Alpha originale. Ce travail préparatoire était indispensable.
Avec ce schéma, les discours des
personnages et les scénarios peuvent s'appuyer sur des localisations communes et crédibles. De même, le radar d'alerte du Commlock peut indiquer
précisément le
secteur concerné par un problème.
* Un lore désigne l'ensemble des histoires, des mythes, des traditions et des détails d'arrière-plan qui constituent un univers de fiction
14 RÉALISATION
LE MOMENT DE VÉRITÉ
Est-ce qu'il y a eu des changements de dernière minute? Oui, et ce tant au
niveau matériel que logiciel. Par exemple, le circuit d'alimentation du Commlock a été entièrement repensé. De même, pour retrouver une utilisation
plus proche de la série, j'ai remplacé le
full duplex par un bouton Push To Talk. Le résultat a été impressionnant. Dès sa mise en place, les dialogues
ont gagné en authenticité. C'est un effet inattendu, le geste renforce
l'immersion, l'interaction. J'avais peur d'une régression, mais c'est
une réelle amélioration. Un détail sympa, j'ai rajouté une fonction auto-rotate afin que l'écran soit toujours dans le bon sens quand on l'utilise.
Par ailleurs, j'ai ajouté des musiques de fond. Elles permettent d'accompagner l'action et de varier les
ambiances. C'est très utile depuis qu'il est possible de déclencher une alerte rouge ou de simuler des
incidents dans la base. C'est fascinant de voir à quel point les Alphans prennent ces évènements au sérieux. Ils s'interpellent et les commentent à n'en plus finir.
D'autres points ont été grandement améliorés comme la gestion des commandes, qui fonctionne maintenant par mode. C'est-à-dire que la fonction des touches change en fonction de l'utilisation. On peut être en mode normal, en mode épisode, en mode mini-série ou en mode système. La gestion complète du Commlock est maintenant assurée par une panoplie de panneaux de configuration.
J'ai donné à tous les écrans du Commlock, un affichage en mode texte, le seul à être utilisé dans la série, ce qui correspond à l'époque. C'est pourquoi dans la série, les décorateurs ont introduit des écrans affichant des effets CRT, oscilloscopes et autres pseudo-radars, afin de combler ce vide graphique.
Pour mémoire, le premier ordinateur commercialisé à disposer nativement de fonctions graphiques est l'Apple II sorti en 1977. Son mode HI-RES proposait 280x160 Pixels pour 4 couleurs (noir, blanc, vert, violet).
J'ai également donné aux personnages la possibilité d'afficher l'heure, de prévoir les
cycles lunaires, la météo locale ainsi que l'horaire
des marées ou me donner la production de mes panneaux solaires. La présence de ces outils peut surprendre, pourtant elle n'est pas que gratuite. Par exemple, les éléments de la météo locale influent sur les événements qui se passent sur la base Alpha. Un orage se traduit en tempête magnétique, une forte pluie peut entraîner une fuite de liquide ou une inondation. Un gros vent peut devenir un vent solaire, un grand froid, une fuite de liquide cryogénique. Un faible rendement des cellules solaires se répercute en une perte d'énergie inconnue sur la base. Autant d'éléments qui renforcent l'immersion.
Un dernier point. Dans les captures d'écran, vous pouvez voir l'image du module "Phone contact". Comme son nom l'indique il permet de joindre un téléphone ou un mobile partout sur Terre grâce à la VOIP. Pour utiliser cette fonction, il faut bien évidemment que le Commlock soit à proximité d'un Wi-Fi pour bénéficier d'Internet.
Étant parvenu aux résultats souhaités, le moment est venu d'assembler physiquement le Commlock. En premier lieu, fixer le contact à glissière du bouton contact. Câbler en dur les différents circuits pour une intégration définitive. Remplacer les boutons de test par des modèles métal rétro-éclairés et visser le clavier à son emplacement. La LED ruban est fixée derrière le voyant orange latéral et l'écran est soigneusement positionné. Petit à petit, chaque élément trouve sa place. À ce stade il faut être très méticuleux. Il y a beaucoup de manipulations et la moindre maladresse pourrait arracher un fil ou endommager une pièce. La densité des circuits dans un espace aussi restreint rendrait très difficile un dépannage.
Puis vient le dernier geste. Il consiste à clipser la batterie sur le Power Boost. Dès lors, les circuits sont alimentés. Je ne vous cache pas qu'il y a une légère angoisse à mettre l'appareil sous tension. En électronique, on appelle ce moment le "smoke test".
Un petit geste sur l'interrupteur. Et après une minute, l'écran s'éclaire avec son bip caractéristique. Des semaines d'efforts viennent de trouver leur récompense.
15 ÉPILOGUE
L'ARCHE COSMIQUE
La fabrication du Commlock s'est achevée sur un succès. Je tiens enfin en main ce boîtier iconique qui m'a tant fait rêver. Dès lors, je passe des heures à parler aux personas, à tester leurs réponses, à simuler des situations ou regarder des épisodes sur le petit écran. Je suis sur Alpha.
Tout fonctionne à la perfection, mais le temps passant je sens monter une vague frustration, un sentiment d'incomplétude. À chaque connexion les personnages me redécouvrent et oublient les conversations précédentes. En dehors des événements que je lance artificiellement, il ne se passe rien. Alpha est vide des interactions humaines d'un équipage de plus de 300 personnes. Où sont les peines, les joies et les peurs de cette communauté? Qui fait quoi et quand ? Personne ne dort jamais ? Le temps n'existe pas ?
Ce constat va lancer une série de modifications qui vont m'entraîner très loin. Je ne vais pas faire l'historique de ces évolutions. Ça prendrait trop de temps et je doute de l'intérêt d'un tel roman fleuve. Aussi je vais me contenter de décrire simplement les améliorations qui ont été introduites en essayant de respecter un ordre chronologique.
J'ai ajouté quatre briques logicielles importantes. Quatre changements fondamentaux qui mériteraient, chacun à lui seul, d'incrémenter le numéro de version du système.
En premier lieu, le concept de monde persistant. L'idée consiste à tenir un « état du monde » : le niveau de danger et l'état des différentes activités de la base — par exemple « un Eagle est en vol, piloté par Carter ». Ces informations jouent sur tous les niveaux : on ne peut pas envoyer en orbite un Eagle qui est déjà en vol, et un personnage ne peut pas ignorer une situation qu'un autre vient de créer. Cet état persiste au redémarrage du Commlock. Grâce à lui, tous les personnages partagent la même réalité.
En second, un scheduler. C'est le maître des horloges, le chef d'orchestre du temps qui passe sur Alpha : il tient la boucle qui cadence les événements de la vie de la base, le trafic de service, la progression des phases d'arc et les échéances des arcs narratifs. Il permet également de faire surgir des événements aléatoires — des événements canon avec la série et avec les personnages. Ces deux processus travaillent en synergie.
Ensuite entre en scène le scénariste. La base vit, mais elle vit au hasard : les événements se succèdent sans qu'aucun ne prépare le suivant. J'ai donc ajouté un superviseur — une seconde IA, qui n'a pas la parole et ne se montre jamais.
Il lui fallait d'abord une mémoire. J'ai mis en place un journal de bord où s'inscrivent chaque jour les incidents, les alertes, les décisions prises et leurs suites. Ensuite vient le plan. Au démarrage du Commlock, le scénariste relit les sept derniers jours du journal, la bible du projet et l'état du monde, puis écrit la journée à venir : un fil rouge, deux ou trois événements avec leur créneau horaire, et un secret par personnage. Le scheduler joue ce plan en priorité sur son tirage aléatoire, et chaque secret est glissé dans le prompt de l'officier concerné — jamais dit spontanément, seulement en sous-texte.
C'est ce qui change tout : chacun sait quelque chose que les autres ignorent, et une journée sur Alpha cesse d'être une suite d'incidents pour devenir une histoire qui avance.
Le dernier ajout, lui aussi, marque une nouvelle version du système. J'ai nommé : les arcs narratifs. Le monde persistant donnait de la continuité, le scheduler donnait du rythme, le scénariste donnait une direction — il manquait un point culminant. J'ai introduit les arcs : de véritables mini-épisodes, qui se développent avec une montée en tension, un dilemme et une conclusion à fins multiples.
Le principe est simple. Un événement sort de l'ordinaire, l'officier compétent s'en saisit. La situation s'aggrave, l'équipage débat, puis vient le moment où plus personne ne peut décider à ma place. Des options sont posées, avec un compte à rebours. Si je ne réponds pas, l'équipage tranche pour moi. C'est délibéré : le Commlock n'est pas un jeu qui attend son joueur, c'est une base qui vit. Un épisode se regarde autant qu'il se joue. On peut streamer les épisodes, ce qui évite de filmer l'écran. Je mettrai quelques exemples sur cette page.
Le concept est digne d'un épisode de Black Mirror "Un accessoire de cinéma
devient le scénariste de la série qui lui a donné naissance".
Le Commlock est devenu une arche numérique, un sanctuaire au sein duquel se sont réfugiés les derniers survivants de la base Alpha. Un projet qui méritait bien d'ouvrir la première page de ce site. 
COMPLETE OR NOT ?
La fiche du Commlock affiche complete. Le projet a été tenu et l'appareil se comporte merveilleusement compte tenu des limitations matérielles. Toutefois, j'ai dû consentir à de nombreux sacrifices au niveau des fonctionnalités, revoir à la baisse les capacités du scénariste.
Avec un matériel plus performant, la fluidité générale et la génération d'épisodes pourraient être infiniment améliorée.
Disons que ce Commlock est un prototype. Je me connais, et je sais déjà que je revisiterai le projet. D'ici quelques mois, les modèles Audio Native auront probablement évolué et je pense déjà à utiliser un Radxa Zero 3W ou un Orange Pi Zero 2W qui m'offriront le confort et la puissance qui m'ont manqué. À moins que je passe par un autre système qui puisse me permette d'utiliser en live la voix réelle des acteurs, ce qui ne pose aucun problème légal à titre privé.
Avant cela, je dois concrétiser un nouveau projet qui me tient à cœur. Je garde le secret pour l'instant mais je vous donne un indice de taille: le Commlock fait 19 cm de long, ce que je prépare fait 1m70 de hauteur. Deuxième indice, ça tourne sans tourner. Troisième indice, il est présent au moins une fois dans la majorité des séries de science-fiction des années 70.